Deuil d’un parent : « En perdant mon parent, j’ai perdu ma boussole »

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Perdre son père ou sa mère, ce n’est pas seulement dire au revoir à une personne. C’est parfois perdre un repère, une présence qui était là depuis le tout premier jour. Une boussole intérieure.

Même quand on est adulte, autonome, parfois parent soi-même, la mort de son père ou de sa mère vient bouleverser notre enfant intérieur. Et s’entendre dire « il a eu une belle vie » ou « c’est dans l’ordre des choses » n’apaise pas grand-chose.

Cet article est le premier d’une série consacrée au deuil d’un parent. Nous y explorons ensemble ce que l’on perd vraiment lorsqu’on perd sa maman ou son papa, les prises de conscience qui surgissent, et la façon dont la relation passée colore ce deuil si particulier. Le second article de cette série aborde le deuil d’un parent avec qui la relation était difficile.


À retenir

Perdre un parent à l’âge adulte reste un bouleversement majeur, quel que soit l’âge.
Ce deuil touche autant la personne que les nombreux rôles qu’elle occupait : les « pertes secondaires ».
Les émotions peuvent être contradictoires : tristesse, colère, soulagement, tendresse.
Il n’existe pas de durée « normale » du deuil.
Être accompagné, notamment en groupe de parole, peut aider à traverser cette période.

Pourquoi la mort d’un parent est-elle si difficile ?

On imagine parfois qu’un deuil « attendu » serait plus facile à vivre. La réalité est souvent tout autre.

Même à 40, 50 ou 60 ans, on reste l’enfant de quelqu’un. Le mot « orphelin » n’a pas d’âge : on peut se sentir orphelin à 50 ans passés, et cette impression n’a rien d’exagéré.

Un parent représente une forme d’ultime refuge : le lieu symbolique où l’on peut toujours revenir, quoi qu’il arrive. Le psychiatre Christophe Fauré, spécialiste du deuil, a bien décrit ce mécanisme. Lorsque ce refuge disparaît, un sentiment d’insécurité peut remonter, même chez une personne parfaitement autonome. C’est exactement ce que traduit cette phrase :

« En perdant mon parent, j’ai perdu ma boussole. »

Le décès d’un parent nous met aussi face à notre propre finitude. Tant qu’ils étaient là, nos parents formaient une génération devant nous. Leur disparition nous place, d’un coup, en première ligne. Beaucoup disent alors avoir le sentiment qu’une génération s’est effacée.

Rien d’étonnant, dès lors, à ce que la mort de sa mère ou de son père puisse donner l’impression de tout ébranler.


« Il a eu une belle vie » : un deuil que l’on minimise trop souvent

Il existe une hiérarchie silencieuse des deuils. Perdre un enfant ou un conjoint est reconnu comme un drame. Perdre un parent, surtout âgé, est souvent perçu comme « normal », attendu, presque banal.

Cette minimisation fait mal. Car elle laisse entendre que la peine ne serait pas tout à fait légitime.

Or l’âge du parent ne réduit en rien l’intensité du lien. La disparition d’un parent, même vieillissant, même malade, reste la perte d’un repère fondateur.

Votre peine mérite d’exister, sans avoir à se justifier.


Deuil d'un parent

Les prises de conscience qui accompagnent le deuil d’un parent

La mort d’un parent ouvre souvent une série de prises de conscience. Elles arrivent par vagues, parfois des mois après le décès, et elles méritent d’être nommées.

On réalise parfois que c’était toujours lui que l’on appelait avant une décision importante. Ou que personne d’autre ne connaît certaines histoires de famille. Ces absences se découvrent souvent au détour d’un moment banal : un anniversaire, un déménagement, la naissance d’un enfant à qui l’on aurait tant voulu le présenter.

Ce que l’on réalise Ce que cela vient toucher
Le rôle qu’il ou elle a joué dans notre existence Notre histoire, nos racines, la personne que l’on est devenue
Son influence, qu’elle ait été positive ou non Nos forces, nos blessures, nos schémas familiaux
La redéfinition des relations familiales Notre place dans la fratrie et dans la famille élargie
D’éventuels regrets et de la culpabilité Les mots non dits, les gestes que l’on aurait voulu poser

Parmi ces prises de conscience, la culpabilité est sans doute la plus lourde à porter. « J’aurais dû appeler plus souvent », « je n’étais pas là au bon moment »… Ces pensées sont fréquentes, et elles n’ont rien d’anormal. Apprendre à prendre soin de soi sans culpabilité fait partie du chemin.


Pertes primaires et pertes secondaires : ce que l’on perd vraiment

En accompagnement du deuil, on distingue la perte primaire des pertes secondaires.

La perte primaire, c’est la personne elle-même : sa voix, sa présence, sa tendresse.

Les pertes secondaires, ce sont tous les rôles que cette personne occupait dans notre vie, et qui disparaissent en même temps qu’elle. On les oublie souvent, et pourtant elles pèsent lourd dans le deuil.

Prenez un instant pour vous demander : votre parent était peut-être aussi…

  • Votre premier conseil, votre confident ?
  • Un grand-parent dévoué pour vos enfants ?
  • Le lien qui reliait toute la famille ?
  • L’organisateur des fêtes et des grandes réunions ?

Chaque « oui » est une perte à part entière. Ces rôles perdus se traduisent très concrètement dans le quotidien :

Ce que je perds Ce que cela change
Son regard Je doute davantage de mes décisions
Son soutien Je me sens plus seul face aux difficultés
Le lien familial Les réunions de famille ne ressemblent plus à avant
Les traditions Certaines fêtes n’ont plus la même saveur

Reconnaître ces pertes secondaires, c’est comprendre pourquoi ce deuil touche tant de dimensions de votre vie, bien au-delà de l’absence de la personne.

Il arrive aussi que le parent qui reste traverse, au même moment, son propre deuil de conjoint. La famille tout entière se réorganise.


Une relation qui colore le deuil

La façon dont on vit ce deuil dépend largement de la relation que l’on entretenait avec le parent décédé. Il n’y a pas de « bonne » manière de ressentir les choses.

Si vous étiez proches

La proximité rend l’absence plus vive. L’enjeu, avec le temps, sera de reconnaître cet héritage de lui ou d’elle qui continue de vivre en vous : une valeur, un geste, une façon de rire, une recette de famille. Cultiver la gratitude d’avoir eu une relation aussi riche n’efface pas la peine, mais peut l’accompagner en douceur.

Si vous n’étiez pas proches

L’absence de relation est, elle aussi, une forme de perte. On peut souffrir de ce lien qui n’a pas eu lieu, de ces conversations qui n’auront désormais jamais lieu. Vous pouvez vous demander : qu’ai-je tout de même appris de lui, ou d’elle ?

Et si votre parent était jugeant ou blessant, il est possible de ressentir une forme de soulagement, comme une libération de ce regard. Ce ressenti n’a rien de honteux. Il est humain, et parfaitement légitime.

 

Perte d'un parent


Traverser le deuil d’un parent, à votre rythme

Il n’existe pas de calendrier du deuil. La Société canadienne de psychologie rappelle que le deuil est un processus normal et non linéaire, qui n’obéit à aucune suite d’étapes universelle : chacun le traverse à sa manière. Elle souligne aussi qu’il peut être aidant de revisiter, avec douceur, les regrets et la culpabilité liés à la relation.

Quelques pistes, à adapter à votre situation :

  • Nommez les pertes secondaires. Mettre des mots sur tout ce que cette personne représentait aide à comprendre l’ampleur de ce que vous traversez.
  • Autorisez les émotions mêlées. Tristesse, colère, soulagement, tendresse peuvent cohabiter, parfois le même jour. C’est normal.
  • Ne vous comparez pas. Le deuil d’un frère ou d’une sœur ne ressemblera pas au vôtre, même pour un même parent.
  • Cherchez un espace de parole. Être écouté sans jugement allège le poids que l’on porte seul.

Certaines personnes trouvent un appui précieux à pouvoir déposer leur histoire auprès d’autres qui traversent, elles aussi, un deuil. Les groupes de parole de Movida offrent cet espace d’écoute, sans jugement et sans obligation de parler. On peut simplement venir, et être là.


FAQ : vos questions sur le deuil d’un parent

Est-il normal de se sentir dévasté alors que mon parent était âgé ?

Oui. L’âge du parent ne réduit pas l’intensité du lien. Perdre son père ou sa mère reste la perte d’un repère fondateur, à tout âge. La phrase « il a eu une belle vie » part souvent d’une bonne intention, mais elle ne dit rien de votre peine, qui est pleinement légitime.

Qu’est-ce qu’une perte secondaire dans le deuil ?

C’est un rôle ou une fonction que la personne décédée occupait dans votre vie et qui disparaît avec elle : confident, grand-parent, pilier de la famille, organisateur des fêtes… Ces pertes s’ajoutent à l’absence de la personne et expliquent pourquoi le deuil touche autant de domaines du quotidien.

Pourquoi je ne ressens rien après le décès de mon parent ?

Ne rien ressentir, sur le moment, est une réaction fréquente et protectrice. Face à un choc, l’esprit met parfois les émotions à distance, le temps d’encaisser la réalité. Cette forme de sidération ne signifie ni indifférence ni absence d’amour. Les émotions remontent souvent plus tard, à leur rythme.

Pourquoi je culpabilise après la mort de mon père ou de ma mère ?

La culpabilité est l’une des émotions les plus courantes du deuil d’un parent. Elle s’accroche aux « j’aurais dû », aux visites trop rares, aux mots non dits. Ces regrets ne sont pas la preuve que vous avez mal fait : ils disent surtout combien ce lien comptait.

Peut-on faire le deuil d’un parent avec qui la relation était difficile ?

Oui, et ce deuil est parfois plus complexe encore, car il se mêle d’émotions contradictoires.

Combien de temps dure le deuil d’un parent ?

Il n’y a pas de durée « normale ». Le deuil avance par vagues, et certaines dates ou certains souvenirs le raviveront longtemps. Si la souffrance reste envahissante au fil des mois, se faire accompagner peut aider.


Et la suite ?

Comprendre ce que l’on perd est souvent une première étape. Mais le deuil d’un parent soulève aussi des émotions parfois déroutantes, surtout lorsque la relation était complexe. C’est ce que nous explorerons dans la seconde partie de ce dossier : ce mélange de tristesse, de colère, de soulagement et d’amour qui déroute tant, et qui pourtant fait partie du chemin.

Personne ne devrait avoir à traverser un deuil seul. Si vous ressentez le besoin d’être écouté, nous serons heureux de vous accueillir, à votre rythme.

Je m’appelle Catherine et j’accompagne les personnes sur le long chemin des deuils que nous sommes tous amenés à traverser un jour.

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Référence : Christophe Fauré, Vivre le deuil au jour le jour, Albin Michel (nouvelle édition augmentée, 2012).

Deuil d’un parent : « En perdant mon parent, j’ai perdu ma boussole »