Le deuil ne suit pas des étapes : comprendre le processus d’oscillation

 

Le deuil ne suit pas des étapes : comprendre le processus d’oscillation

On entend encore souvent que le deuil se déroulerait en étapes : le choc, le déni, la colère, l’acceptation… Comme s’il existait un chemin prévisible, que l’on emprunterait dans un ordre donné, jusqu’à parvenir quelque part.

Pour beaucoup de personnes endeuillées, cette représentation ne correspond pas à l’expérience vécue.

Un jour, l’absence prend toute la place. Le lendemain, il devient possible de travailler, de rire avec quelqu’un, de faire une course ou de penser à autre chose pendant quelques instants. Puis la douleur revient, parfois avec une intensité qui surprend.

Ce mouvement ne signifie pas que l’on « régresse ». Il peut faire partie du processus même du deuil.

Un parcours singulier, jamais linéaire

Il n’existe pas une bonne manière de vivre un deuil, ni un calendrier qui permettrait de savoir où l’on devrait en être après quelques mois ou quelques années.

La perte bouleverse notre monde intérieur, notre corps, nos liens, nos habitudes et parfois notre identité. Elle ne se traverse donc pas selon une ligne droite.

Certaines périodes peuvent être très douloureuses. D’autres semblent plus calmes. Il arrive aussi que l’on éprouve, dans une même journée, une grande tristesse puis un moment de légèreté, de colère, d’épuisement ou de soulagement.

Ces contradictions ne disent rien de la valeur du lien que nous avions avec la personne disparue. Elles disent simplement que nous essayons, comme nous le pouvons, de vivre avec une réalité qui a tout déplacé.

Le modèle du double processus : vivre entre deux orientations

Le modèle du double processus propose une façon plus juste de comprendre ce qui se joue dans le deuil. Il décrit des allers-retours entre deux orientations.

La première est tournée vers la perte. Elle peut prendre des formes très diverses : penser à la personne décédée, ressentir le manque, pleurer, se souvenir, parler de ce qui s’est passé, éprouver de la colère ou de la culpabilité, chercher à donner un sens à ce qui semble ne pas en avoir.

La seconde est tournée vers la remise en mouvement de la vie. Elle concerne les réalités quotidiennes : reprendre certaines tâches, s’occuper de ses enfants, travailler, réorganiser son existence, retrouver des relations, découvrir de nouveaux repères ou simplement s’accorder un moment de répit.

Ces deux orientations ne s’opposent pas.

Faire une place à la vie quotidienne ne signifie pas oublier. Se tourner vers la douleur ne signifie pas que l’on est incapable d’avancer. Le deuil peut justement se vivre dans cette oscillation : revenir vers l’absence, puis retrouver peu à peu des appuis dans le présent.

Quand la douleur revient, rien n’est annulé

Beaucoup de personnes s’inquiètent de voir remonter une vague de chagrin après une période plus apaisée. Elles ont parfois l’impression d’avoir perdu les progrès accomplis.

Pourtant, une date anniversaire, une chanson, une odeur, une conversation, un changement de saison ou un événement familial peuvent réactiver puissamment le lien et le manque. Cela ne veut pas dire que tout recommence à zéro.

Le deuil ne consiste pas à « tourner la page ». Il s’agit plutôt de chercher, avec le temps, comment continuer à vivre tout en laissant une place à la personne aimée, à son histoire et à ce qui demeure du lien.

Accompagner l’oscillation avec douceur

Il n’y a pas de méthode qui convienne à toutes et tous. Mais quelques repères peuvent aider lorsque les mouvements du deuil paraissent trop difficiles à supporter.

Ne pas minimiser ce que vous ressentez

La tristesse, la colère, la fatigue, la culpabilité ou le sentiment d’injustice n’ont pas à être comparés à ce que vivraient d’autres personnes. Chaque histoire, chaque relation et chaque perte sont singulières.

Accueillir une émotion ne signifie pas s’y enfermer. C’est parfois simplement reconnaître qu’elle est là et qu’elle a besoin d’être entendue.

Mettre des mots, lorsque cela est possible

Parler à une personne de confiance, écrire quelques lignes, participer à un groupe de parole ou consulter un professionnel peut permettre de ne pas rester seule avec ce qui déborde.

Il ne s’agit pas d’être obligée de tout raconter. Il s’agit de trouver un espace où l’on n’a pas à faire semblant d’aller bien.

Reprendre des activités qui soutiennent réellement

Une promenade, un repas partagé, la musique, le jardinage, une activité créative ou le retour progressif à une habitude peuvent apporter un appui. Non parce qu’il faudrait se distraire de son chagrin, mais parce que le vivant peut parfois offrir un peu de respiration au cœur même du deuil.

Respecter son propre rythme

Certains jours appellent le repli, d’autres un peu plus de lien ou de mouvement. S’écouter ne veut pas dire céder à tout ; cela peut aussi consister à ajuster ses attentes envers soi-même.

Le deuil demande souvent beaucoup d’énergie. Il est légitime de ne pas pouvoir fonctionner comme avant.

Il n’y a pas à choisir entre aimer et continuer à vivre

L’oscillation nous rappelle qu’il est possible d’être profondément attaché à la personne disparue et de connaître à nouveau, par moments, de l’élan, de la joie ou de la curiosité.

Continuer à vivre n’efface pas l’amour. Et aimer quelqu’un qui n’est plus là n’empêche pas de se remettre peu à peu en mouvement.

Chez Movida, nous pensons que le deuil a besoin d’être accueilli dans toute sa complexité : sans parcours imposé, sans injonction à aller mieux, et sans solitude.

Vous pouvez découvrir les espaces d’accompagnement proposés par Movida sur la page Accompagner le deuil, ou vous inscrire à La Lettre de Movida pour recevoir les prochaines ressources et rencontres.

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