Les étapes du deuil existent-elles vraiment ? Comprendre pourquoi le deuil n’est pas linéaire

Le chemin du deuil

Vous pensiez aller un peu mieux, puis une date anniversaire, une chanson ou un souvenir fait revenir la douleur d’un coup. Est-ce un retour en arrière, le signe que vous « faites mal » votre deuil ? Non : ce retour du chagrin est une expérience naturelle, et il ne remet pas en cause le chemin déjà parcouru.

Beaucoup de personnes arrivent ici en cherchant les fameuses étapes du deuil, avec l’idée que le chagrin suivrait un chemin balisé, avec un début, un milieu et une fin. Mais si vous traversez un deuil, vous le savez déjà : la réalité ressemble rarement à une ligne droite.

Le deuil ressemble moins à un escalier qu’à un mouvement de balancier : certains jours, on se tourne davantage vers l’absence ; d’autres, vers la vie qui continue.

Comprendre cela permet souvent de moins culpabiliser lorsque la peine revient après une accalmie. C’est ce que décrit le modèle du double processus, que nous vous présentons ici.


À retenir

Le deuil n’est pas une succession d’étapes ordonnées.
Chaque parcours est unique et rarement linéaire.
Le modèle du double processus décrit une alternance entre la perte et la vie qui continue.
Les retours du chagrin sont normaux et ne signifient pas que l’on régresse.
Un accompagnement peut aider lorsque la souffrance reste durablement envahissante.

Non, le deuil ne suit pas d’étapes bien ordonnées

Les étapes du deuil sont souvent présentées comme un parcours universel, composé d’étapes à franchir dans l’ordre. Pourtant, les recherches actuelles montrent que le deuil ne suit généralement pas une succession d’étapes fixes, et que cette représentation ne reflète pas l’expérience réelle des personnes endeuillées.

Le célèbre modèle des cinq étapes, proposé par Elisabeth Kübler-Ross en 1969, décrivait initialement les réactions de personnes confrontées à leur propre fin de vie. Il a ensuite été largement repris pour parler du deuil, parfois de manière simplifiée. Même dans sa version d’origine, il n’était pas pensé comme un escalier que l’on gravit marche après marche : on peut passer d’une réaction à l’autre, les revivre, ou en ressentir plusieurs à la fois.

Ce que retiennent surtout les personnes endeuillées, c’est ceci : chaque parcours est unique, et le deuil suit rarement une progression linéaire. Croire le contraire fait souvent naître un sentiment d’échec, comme si l’on « régressait » à chaque retour du chagrin. Ce n’est pas le cas. Faire son deuil ne consiste pas à franchir des étapes dans l’ordre, puis à en sortir définitivement.


Le modèle du double processus : une autre vision du deuil

Beaucoup de personnes endeuillées disent avoir l’impression de « faire un pas en avant, puis deux en arrière ». Ce vécu est si fréquent que plusieurs chercheurs ont cherché à mieux le décrire, sans le réduire à une succession d’étapes.

C’est le cas de Margaret Stroebe et Henk Schut, qui ont proposé en 1999 le modèle du double processus. Il décrit le deuil comme un mouvement d’allers-retours entre la confrontation à la perte et la reprise de la vie quotidienne. Cette vision dynamique, issue des travaux de Stroebe et Schut, met en évidence l’oscillation entre ces deux mouvements.

Un exemple rend ce mouvement plus concret. Le matin, vous pouvez pleurer en regardant une photo de votre proche. L’après-midi, vous vous surprenez à rire avec un collègue ou à régler une démarche administrative. Le soir, la peine revient. Ces allers-retours ne sont pas contradictoires : ils illustrent précisément le mouvement d’oscillation décrit par le modèle du double processus.

Ce va-et-vient n’est pas un signe de confusion. C’est, au contraire, une dimension fréquente du cheminement.

 

Les étapes du deuil


Deux mouvements du deuil : entre la perte et la reprise du quotidien

Le modèle distingue deux orientations, entre lesquelles on navigue au fil des heures et des jours.

Orientation vers la perte Orientation vers la remise en mouvement
Ressentir le manque. Reprendre ses habitudes.
Se souvenir de la personne disparue. Réinvestir le quotidien.
Pleurer, exprimer sa peine. Retrouver des moments de joie.
Donner une place à l’absence. Construire un nouvel équilibre.
Se confronter à la réalité de la perte. S’adapter à une vie transformée.

L’orientation vers la perte

C’est le versant du chagrin. On se tourne vers la personne disparue, vers les souvenirs, vers l’émotion brute. Pleurer, ressentir le vide, se replonger dans ce qui a été : tout cela permet peu à peu d’apprivoiser la réalité de la perte. C’est une part importante du cheminement du deuil.

L’orientation vers la remise en mouvement

Les chercheurs parlent d’orientation vers la restauration, que nous appellerons ici la « remise en mouvement ». C’est le versant de la vie qui continue : on se concentre sur le quotidien, les responsabilités, parfois de nouveaux rôles, de nouvelles relations, voire des moments de distraction ou de joie. On apprend aussi à vivre avec l’absence et à s’adapter aux changements concrets qu’elle a entraînés. Ce n’est pas « oublier » ni « tourner la page trop vite » : c’est ce qui permet de tenir debout et d’avancer. Ce mouvement est tout aussi important que le premier.


Pourquoi ces allers-retours font partie du processus de deuil

Passer du chagrin au quotidien, puis du quotidien au chagrin, parfois en quelques heures, n’a rien d’anormal. Cette alternance peut aider certaines personnes à s’adapter progressivement à cette nouvelle réalité : elle permet d’avancer sans être submergé en permanence.

S’autoriser des pauses, se distraire, rire à nouveau, ne veut pas dire que l’on aimait moins la personne disparue. À l’inverse, laisser remonter la peine quand elle vient n’est pas un retour en arrière. Les deux mouvements se répondent et se complètent. Chez beaucoup de personnes, cette oscillation accompagne peu à peu l’adaptation à la perte. Prendre conscience de ce fonctionnement aide souvent à porter un autre regard sur ce que signifie « faire son deuil ».

Un retour du chagrin, même longtemps après, n’est donc pas une rechute.

Mais lorsque la souffrance reste durablement envahissante, ou que l’on se sent prisonnier d’un même mode de fonctionnement sans parvenir à retrouver de souplesse, un accompagnement peut aider. En parler et prendre soin de soi sans se juger fait aussi partie du chemin.

 

Le long chemin du deuil


Vous n’êtes pas seul(e) dans ces allers-retours

Ressentez-vous, vous aussi, ce balancement entre la sensation d’avancer et le repli vers le chagrin ? Cette impression de faire deux pas en avant, puis un pas en arrière ?

Si c’est le cas, sachez que c’est une expérience très fréquente dans le deuil, et que vous n’êtes pas seul à la vivre ainsi. Ce mouvement se retrouve dans bien des deuils, qu’il s’agisse de la perte d’un parent, d’un conjoint ou d’un autre proche.

Si vous ressentez le besoin de partager ce que vous traversez, être accompagné peut offrir un espace pour déposer votre histoire, à votre rythme. Les groupes de parole de Movida proposent cet espace d’écoute, sans jugement et sans obligation de parler.


FAQ : le deuil et le processus d’oscillation

Pourquoi parle-t-on des 5 étapes du deuil ?

Les 5 étapes du deuil sont souvent citées parce que le modèle d’Elisabeth Kübler-Ross est devenu très connu. Cependant, il ne décrit pas un parcours obligatoire que chaque personne devrait suivre dans un ordre précis.

Le deuil se déroule-t-il vraiment en étapes ?

Pas de manière ordonnée. L’idée d’étapes successives est très répandue, mais elle ne correspond pas au vécu des personnes endeuillées. Le deuil avance plutôt par allers-retours, propres à chacun, entre le chagrin et la reprise du quotidien.

Qu’est-ce que le modèle du double processus ?

C’est une façon de comprendre le deuil proposée par les chercheurs Margaret Stroebe et Henk Schut en 1999. Il décrit une oscillation entre deux mouvements : l’orientation vers la perte, tournée vers le chagrin, et l’orientation vers la restauration, tournée vers la vie qui continue. Naviguer entre les deux fait partie du cheminement de nombreuses personnes endeuillées.

Est-il normal de se sentir mieux, puis de replonger dans le chagrin ?

Oui, tout à fait. Ce retour du chagrin n’est pas une rechute ni un échec. Il fait partie du processus normal du deuil et n’annule pas les progrès accomplis.

Peut-on vraiment savoir où l’on en est dans son deuil ?

Il n’existe pas de calendrier précis ni d’étapes obligatoires pour savoir où l’on en est. Faire son deuil est un processus personnel, fait d’avancées, de pauses et parfois de retours du chagrin.

Existe-t-il une durée normale pour faire son deuil ?

Non, il n’existe pas de durée normale pour faire son deuil. Chaque personne avance à son rythme, selon son histoire, le lien avec la personne disparue et les circonstances de la perte. Si la souffrance reste envahissante au fil des mois, se faire accompagner peut aider.

Se distraire ou éviter son chagrin, est-ce mal ?

Non. Se distraire, reprendre une activité ou s’accorder des moments de répit est une façon saine et utile de faire face. Ces moments de respiration font partie, eux aussi, du processus d’adaptation.


Pour aller plus loin

Comprendre que le deuil n’est pas linéaire aide souvent à porter un autre regard sur ses propres allers-retours. Si vous traversez la perte d’un père ou d’une mère, notre dossier sur le deuil d’un parent explore plus en détail ce que l’on perd et les émotions que cela soulève.

Sources scientifiques

Stroebe, M., & Schut, H. (1999). The Dual Process Model of Coping with Bereavement: Rationale and Description. Death Studies, 23(3), 197-224.

Pour une synthèse en français : dossier scientifique sur le deuil, Centre national de ressources et de résilience (Cn2r).

Je m’appelle Catherine. Depuis plusieurs années, j’accompagne des personnes confrontées à la perte d’un proche. Chaque histoire est différente, mais une chose revient souvent : personne ne devrait avoir à porter seul le poids de son chagrin. Pouvoir déposer ce que l’on traverse dans un espace d’écoute peut offrir un soutien précieux dans cette période.

Si vous ressentez ce besoin, nous serons heureux de vous accueillir, à votre rythme.

 

Découvrir les groupes de parole Movida

Les étapes du deuil existent-elles vraiment ? Comprendre pourquoi le deuil n’est pas linéaire