
Faire le deuil d’un parent n’est jamais simple. Mais lorsque la relation était difficile, conflictuelle, ou même quasi inexistante, le deuil se charge d’émotions contradictoires qui déroutent : de la tristesse parfois, mais aussi de la colère, du soulagement, ou un vide impossible à nommer.
Car en perdant un parent, on ne pleure pas seulement une personne : on referme des décennies de relation, avec tout ce qu’elles contenaient de tendresse, de manques ou de non-dits.
Dans la première partie de cette série, nous avons vu ce que l’on perd vraiment en perdant un parent. Cette seconde partie s’attarde sur ces émotions ambivalentes, et sur la façon dont l’histoire de votre relation colore votre deuil.
Une chose est sûre : il n’existe pas de « bonne » façon de ressentir.
Toutes vos émotions ont le droit d’exister.
À retenir
| Ce sont souvent les relations difficiles, et non les plus proches, qui compliquent le deuil. |
| La mort d’un parent peut rouvrir de vieilles blessures et raviver des conflits non résolus. |
| Colère, soulagement, culpabilité, absence de larmes : ces émotions ambivalentes sont normales. |
| Quelle qu’ait été la relation, ou son absence, elle a marqué votre vie et marquera votre deuil. |
| Mettre des mots sur ses émotions, seul ou accompagné, aide à avancer. |
Un parent, c’est toute une histoire relationnelle
Quand on perd son parent à l’âge adulte, l’historique de la relation est long. Et il n’est pas forcément fluide, ni simple.
Certains perdent un modèle, une figure inspirante. D’autres perdent tout l’inverse : une source de tensions, de blessures ou de silences. Dans les deux cas, on perd la « référence » à partir de laquelle on s’est construit, en s’appuyant sur elle ou en s’y opposant.
C’est ce qui rend ce deuil si singulier : ce ne sont pas seulement des souvenirs qui s’en vont, mais tout un pan de son histoire personnelle.
Et si vous n’avez pas, ou peu, connu votre parent ?
L’absence de relation est, elle aussi, une forme de perte.
Lorsque l’on a peu ou pas connu son parent, sa mort peut réveiller le regret de cette relation qui n’a jamais pu se nouer. On fait le deuil de ce qui a été, mais aussi de ce qui n’aura jamais lieu : les conversations, les explications, la réconciliation espérée.
Ce regret est légitime.
Faire le deuil d’un parent absent, c’est aussi accepter de refermer une porte que l’on aurait voulu ouvrir.

Pourquoi les relations difficiles compliquent-elles le deuil ?
Contrairement à une idée reçue, ce ne sont pas les relations les plus fusionnelles qui posent le plus de difficultés. Les relations conflictuelles ou marquées par des blessures anciennes comptent parmi les situations qui compliquent le plus souvent le travail de deuil.
La raison est simple : la mort ferme définitivement la porte au dialogue. Elle annule l’espoir, souvent inconscient, d’une réparation, d’un « pardon » ou d’une reconnaissance. On reste alors seul avec ses questions et ses vieilles blessures, que le décès vient rouvrir.
Il n’existe pas une seule manière de vivre une relation difficile avec son père ou sa mère. Les situations sont très différentes d’une famille à l’autre. Par exemple :
- Un parent maltraitant ou violent.
- Un parent qui avait des favoris, ou qui se montrait manipulateur.
- Un parent absent, distant sur le plan émotionnel.
- Un parent très critique ou jugeant, auprès duquel vous ne vous êtes jamais senti pleinement reconnu.
- Un parent avec qui vous ne partagiez pas la même vision du monde.
Quelle qu’ait été votre relation, ou votre non-relation, avec le parent défunt, elle a influencé votre vie. Elle influencera donc, forcément, votre deuil.
Colère, soulagement, ambivalence : toutes les émotions sont légitimes
Après la mort d’un parent avec qui la relation était compliquée, les émotions se bousculent, et parfois se contredisent. On peut ressentir de la peine et du soulagement. De l’amour et de la colère. Un chagrin réel, ou au contraire l’impression troublante de ne rien ressentir.
Le soulagement, en particulier, est souvent tu, par peur d’être jugé. Pourtant, se sentir soulagé après le décès d’un parent qui faisait souffrir n’a rien de monstrueux. C’est humain.
La Société canadienne de psychologie rappelle que le deuil est un processus normal et non linéaire, et qu’il peut être aidant de revisiter, avec douceur, les regrets, la colère et la culpabilité liés à la relation. Nommer ces émotions, plutôt que les repousser, fait partie du chemin. Si la culpabilité pèse, apprendre à prendre soin de soi sans se juger est déjà un premier pas.
Il n’est d’ailleurs pas rare de passer d’une émotion à l’autre en quelques heures : pleurer le matin, ressentir du soulagement l’après-midi, puis culpabiliser de ce soulagement le soir. Ces allers-retours ne signifient pas que vous faites « mal » votre deuil. Ils reflètent souvent la complexité de la relation qui vous liait à votre parent.
Faire l’inventaire de ses émotions
Face à ce trop-plein contradictoire, une démarche peut aider : faire, à son rythme, une sorte d’inventaire émotionnel. L’idée n’est pas de « ranger » ses émotions, mais de leur donner une place.
| Étape | En pratique |
|---|---|
| 1. Prendre du recul | Considérer l’ensemble de ses émotions, sans se laisser submerger par une seule d’entre elles. |
| 2. Explorer | Accueillir toutes ses émotions, même les plus sombres : colère, rancœur, soulagement, indifférence apparente. |
| 3. Exprimer | Les livrer, à l’oral auprès d’une personne de confiance, ou par écrit, dans un carnet ou une lettre jamais envoyée. |
| 4. Choisir ce que l’on garde | Une fois les émotions posées, décider de ce que vous souhaitez conserver, et de ce que vous choisissez de déposer. |
Cette dernière étape est essentielle. Le deuil d’un parent difficile n’efface pas le passé, mais il offre l’occasion de donner une nouvelle place à cette histoire et de déposer, peu à peu, ce qui continue de vous faire souffrir.

Se faire accompagner, sans rester seul avec ses émotions
Certaines de ces émotions sont lourdes à porter seul, surtout lorsqu’elles touchent à des blessures anciennes. En parler, dans un cadre bienveillant, allège souvent le poids que l’on croyait devoir garder pour soi.
Certaines personnes trouvent un appui précieux à pouvoir déposer leur histoire auprès d’autres qui traversent, elles aussi, un deuil. Les groupes de parole de Movida offrent cet espace d’écoute, sans jugement et sans obligation de parler. Et si la souffrance reste envahissante au fil des mois, ou bloque le quotidien, se faire accompagner par un professionnel peut réellement aider.
FAQ : émotions ambivalentes et deuil d’un parent
Est-il normal de ressentir du soulagement à la mort de mon parent ?
Oui. Le soulagement est une émotion fréquente, surtout lorsque la relation était douloureuse ou que le parent souffrait en fin de vie. Il ne signifie ni absence d’amour ni manque de cœur. Il coexiste souvent avec la tristesse, et n’a pas à être caché.
Peut-on être en colère contre un parent décédé ?
Oui. La colère fait partie du deuil, en particulier lorsque des blessures ou des injustices sont restées sans réponse. Elle n’est pas un manque de respect : c’est une émotion à accueillir et à comprendre, pas à réprimer.
Comment faire le deuil d’un parent maltraitant ou toxique ?
Ce deuil est souvent plus complexe, car il mêle des émotions contradictoires. Derrière le mot « toxique », on trouve des réalités variées : une relation maltraitante, marquée par des violences, un contrôle ou une emprise, ou encore un lien profondément destructeur. Faire ce deuil ne consiste pas à pardonner à tout prix, ni à nier ce qui a été vécu, mais à reconnaître ses émotions, à les exprimer et à décider, pour soi, ce que l’on souhaite en faire. Un accompagnement peut être précieux dans ces situations.
Pourquoi la mort de mon parent rouvre-t-elle de vieilles blessures ?
Parce que le décès ferme définitivement la possibilité d’un dialogue ou d’une réparation. Les conflits non résolus et les non-dits reviennent alors à la surface, ce qui explique pourquoi le deuil peut raviver des souffrances anciennes.
Qu’est-ce qu’un deuil compliqué ?
C’est un deuil qui peine à évoluer vers l’apaisement, souvent marqué par des émotions envahissantes qui durent et gênent le quotidien. Une relation conflictuelle ou ambivalente avec le défunt en est l’un des facteurs de risque reconnus. Dans ce cas, être accompagné aide à retrouver, peu à peu, un équilibre.
Pour aller plus loin
Ce dossier en deux parties explore le deuil d’un parent sous ses différents visages. Si vous ne l’avez pas encore lue, la première partie revient sur ce que l’on perd vraiment lorsqu’on perd son père ou sa mère : les prises de conscience, et ces « pertes secondaires » que l’on mesure souvent trop tard.
Personne ne devrait avoir à traverser un deuil seul, surtout lorsque les émotions sont aussi mêlées. Si vous ressentez le besoin d’être écouté, nous serons heureux de vous accueillir, à votre rythme.
Je m’appelle Catherine et j’accompagne depuis plusieurs années des personnes confrontées au deuil d’un parent, d’un conjoint ou d’un proche, avec la conviction que chacun avance à son propre rythme.
