L’attachement influence-t-il notre manière de vivre le deuil ?

Nos premières expériences d’attachement influencent notre rapport aux émotions, au soutien et aux liens. Elles peuvent aussi éclairer notre manière de vivre un deuil.

« Pourquoi ai-je l’impression de ne pas avancer ? » Cette question revient souvent chez les personnes endeuillées.

Elle ne renvoie pas à une faiblesse, ni à une incapacité à « faire son deuil ». Nous ne traversons pas toutes et tous une perte de la même manière. L’histoire de la relation avec la personne décédée compte, bien sûr. Mais notre manière habituelle de chercher du soutien, de vivre nos émotions ou de nous sentir en sécurité dans nos liens peut également influencer ce que le décès vient bouleverser.

C’est ici que la notion d’attachement peut offrir quelques repères.

Qu’est-ce que l’attachement ?

L’attachement désigne le lien affectif qui se construit, dès les premières années de la vie, avec les personnes qui prennent soin de nous.

À travers ces expériences, nous apprenons peu à peu — parfois de façon implicite — si nous pouvons compter sur quelqu’un lorsque nous avons peur, si nos émotions peuvent être accueillies et si demander du soutien est possible.

Ces premières relations ne déterminent pas toute une existence. Elles n’enferment personne dans une histoire ou dans une étiquette. Mais elles participent à construire des repères intérieurs qui peuvent influencer nos relations, notre confiance, notre rapport aux émotions et notre façon de faire face aux moments de vulnérabilité.

Lorsque le deuil réveille notre besoin de sécurité

La mort d’un proche est une rupture majeure. Elle nous confronte à l’absence, à l’impuissance, à la finitude et parfois à une profonde insécurité.

Dans ces moments-là, nous avons souvent besoin de lien : être entourée, pouvoir parler, être rejointe dans ce que nous ressentons. Pourtant, ce besoin peut être difficile à reconnaître ou à exprimer.

Certaines personnes ressentent une grande angoisse à l’idée d’être seules avec leur chagrin. D’autres se replient, minimisent ce qu’elles traversent ou ont du mal à accepter l’aide proposée. D’autres encore peuvent alterner entre un besoin très fort de proximité et le désir de se protéger de tout ce qui pourrait faire trop mal.

Il ne s’agit pas de comportements absurdes ou contradictoires. Ce sont parfois des manières de tenter de survivre à ce qui semble trop douloureux.

Une grille de compréhension, pas un diagnostic

La théorie de l’attachement, développée notamment par John Bowlby, propose plusieurs styles ou organisations de l’attachement. Ils peuvent aider à mettre des mots sur certaines réactions face à la perte.

Mais ils ne doivent jamais servir à juger une personne endeuillée, ni à expliquer son deuil par sa seule enfance.

Le décès d’un proche peut réveiller des expériences très anciennes, mais il est aussi façonné par la singularité du lien perdu, les circonstances de la mort, l’histoire familiale, les ressources disponibles et la présence — ou l’absence — d’un entourage soutenant.

Nous pouvons aussi évoluer. Un lien sécurisant, une amitié, une thérapie, un groupe de parole ou une rencontre peuvent peu à peu rendre possible une autre expérience de la relation et du soutien.

Comprendre pour être moins seule avec ce que l’on vit

Se demander comment nous nous attachons ne répond pas à toutes les questions du deuil. Mais cela peut aider à comprendre pourquoi demander de l’aide paraît si difficile, pourquoi la solitude est parfois insupportable, ou pourquoi certaines émotions semblent impossibles à approcher.

Comprendre n’efface pas la douleur. Cela peut cependant permettre de la regarder avec un peu plus de douceur.

Dans un prochain article, nous présenterons les différentes manières dont l’attachement peut influencer notre rapport aux émotions, au soutien et à l’absence, sans en faire des cases définitives.

Chez Movida, les groupes et les espaces d’échange permettent de déposer ce qui traverse le deuil, sans avoir à prouver que l’on va bien ni à se conformer à un rythme imposé.

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